XXXIV.
«Lady Stanhope me demanda mon nom: je vis que les journaux qu'on lui envoyait de temps en temps, malgré ses ordres, ajouta-t-elle, le lui avaient déjà prononcé; j'ajoutai que des fonctions m'attachaient à la résidence de Constantinople, d'où je venais; et elle me parla de quelques hommes d'État anglais que j'avais dû y voir.
«Le secrétaire-interprète de l'ambassade, me dit-elle, M. Terrik Hamilton, grand orientaliste, n'a pu néanmoins retracer que faiblement, dans sa traduction du poëme d'_Antar_, le caractère poétique et guerrier des Arabes. Un seul homme était digne de commander aux Arabes comme au monde. Les rois de l'Europe l'ont exilé... Ils en seront punis, ils le méritent.
«Depuis que cet homme n'est plus sur le trône, tout est changé; le trouble reparaît partout; l'Espagne n'a plus de roi; l'Angleterre et l'Allemagne sont déchirées de factions; un horrible assassinat vient de recommencer la révolution en France, je vous plains tous et je vous fuis.
«Mes sentiments, Monsieur, ne doivent pas être les vôtres, je le sais; mais vous apprécierez ma franchise, et je ne dois point payer votre visite par une dissimulation qui n'est pas dans mon coeur. Mais entrons, nous causerons plus à notre aise.
«Je me fis répéter cette invitation, car j'étais plongé dans une rêverie profonde. Le soleil se couchait dans la mer de Chypre, mes regards planaient sur la verte plage de Saïde; la chaîne du Liban chargé de lourds nuages noirs se prolongeait vers le nord; ma pensée errait dans cette immensité, et les accents prophétiques que je venais d'entendre, échappés à une femme revêtue du caractère et presque du costume des anciennes sibylles, ces paroles solennelles disaient à mes impressions quelque chose de sauvage et d'imposant.