‹ Cours familier de Littérature - Volume 13Chapitre 64 sur 217 · XVI.

XVI.

«Une nation doit pleurer ses morts, sans doute, et ne pas se consoler d'une seule tête injustement et odieusement sacrifiée; mais elle ne doit pas regretter son sang quand il a coulé pour faire éclore des vérités éternelles. Dieu a mis ce prix à la germination et à l'éclosion de ses desseins sur l'homme. Les idées végètent de sang humain. Les révélations descendent des échafauds. Pardonnons-nous donc, fils des combattants, des bourreaux ou des victimes! Réconcilions-nous sur leur tombeaux pour reprendre leur oeuvre interrompue! Le crime a tout perdu en se mêlant dans les rangs de la république. Combattre, ce n'est pas immoler. Ôtons le crime de la cause du peuple comme une arme qui lui a percé la main et qui a changé la liberté en despotisme; ne cherchons pas à justifier l'échafaud par la patrie, et les proscriptions par la liberté; n'endurcissons pas l'âme du siècle par le sophisme de l'énergie révolutionnaire, laissons son coeur à l'humanité; c'est le plus sûr et le plus infaillible de ses principes, et résignons-nous à la condition des choses humaines. L'histoire de la Révolution est glorieuse et triste comme le lendemain d'une victoire, et comme la veille d'un autre combat. Mais, si cette histoire est pleine de deuil, elle est pleine surtout de foi. Elle ressemble au drame antique, où, pendant que le narrateur fait le récit, le choeur du peuple chante la gloire, pleure les victimes et élève un hymne de consolation et d'espérance à Dieu!»

Et maintenant voilà ce que je pense de moi-même et de ce jugement.