‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 103 sur 162 · XXII.

XXII.

La politique, selon nous, n'est en effet que la nature, étudiée avec intelligence et respect dans les instincts sociaux de l'homme; la nature, révélée par ces instincts, vivifiée par l'expérience, promulguée en lois et instituée en gouvernement par les législateurs de génie de tous les pays et de tous les siècles.

Que nous disent ces instincts, depuis que l'homme est né de la femme, pour enfanter à son tour dans son union avec la femme des enfants qui le font revivre à perpétuité dans sa race, et qui immortalisent dès ici-bas l'humanité?

Ces instincts nous disent précisément le contraire de ce que le philosophe institue dans ses prétendues lois; suivons ces lois une à une.

Platon, de qui descendent, par une filiation de démence, ces niveleurs radicaux de nos jours, destructeurs en idée de la propriété, dont ils sont nés et dont ils vivent, Platon défend aux membres de son troupeau humain de rien posséder en propre.

Or que dit l'instinct, ce législateur inné de la société humaine?

Il dit que la propriété est la première loi de la nature. L'homme ne vit que des choses qu'il s'approprie, c'est-à-dire qu'il incorpore à son être. Il s'approprie l'espace, par la place qu'il y occupe et dont on ne peut le priver qu'en le tuant; il s'approprie le temps, par la durée plus ou moins prolongée qu'il lui emprunte; il s'approprie la lumière, par le regard, qui fait entrer tout ce qui est visible dans son âme à travers ses yeux; il s'approprie les bruits, les sons, les paroles, les significations des paroles, par l'oreille; il s'approprie l'air nécessaire à sa poitrine, par la respiration; il s'approprie les fruits et les aliments de la terre indispensables à sa conservation, par la main et par la bouche; et, quelle que soit l'étendue de ses possessions ou de ses domaines, il ne peut s'approprier réellement et corporellement en effet que la partie de ces éléments ou de ces aliments nécessaires à ses cinq sens: le surplus, sous une forme ou sous une autre, retourne aux autres hommes, qui ont le même droit de vivre que lui.

Cette loi d'appropriation universelle a été la loi primitive de toute propriété. L'homme est un être propriétaire; celui qui le nie n'a pas lu les premières lettres du code de la nature. LA PROPRIÉTÉ, C'EST LA VIE: voilà l'axiome vraiment philosophique; quiconque dépossède tue!