XXIX. - XXX.
Arrêtons-nous, car cet abîme des utopies antisociales n'a pas de fond. On y roulerait jusqu'au néant, et c'est là cependant ce qu'on fait étudier ou admirer sur parole au genre humain, depuis plus de deux mille ans!
C'est là ce que le philosophe, dans son préambule du livre des _Lois_ de Platon, appelle une _politique qui n'est point séparée de la morale_!
Un livre où le traducteur cite ces pages, qui font rougir la pudeur et refluer tout instinct de famille jusqu'au fond du coeur scandalisé:
«Partout où il arrivera que les femmes soient communes, les enfants communs, les biens de toutes espèces communs, et où l'on aura retranché des relations de la vie jusqu'au nom même de propriété... on peut assurer que là est le comble de la vertu... Un tel État, qu'il ait pour habitants les dieux ou des enfants des dieux, est l'asile du bonheur parfait; il faut en approcher le plus possible!»
«La _République de Platon_, dit plus bas le philosophe français, est la conception d'un État fondé exclusivement sur la vertu!»
Quoi! la famille, que proscrit Platon, est donc l'opposé de la vertu? La paternité est donc un vice? La maternité est donc un crime? La tendresse filiale est donc un forfait? La propriété héréditaire, qui seule porte et perpétue ce groupe humain, est donc un attentat à la vertu?
Nous savons bien que l'éloquent commentateur français de Platon proteste par son bon sens contre l'exagération de son maître et proclame la famille sainte, la propriété bonne et sacrée. Mais ce n'est pas moins fausser l'entendement humain en politique que de présenter la _République de Platon_ comme un idéal de gouvernement dont une législation doit se rapprocher.