‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 138 sur 162 · XVII.

XVII.

Mais tout cela, bien que cela m'eût quelquefois contristé et attristé, n'avait pas effleuré nos coeurs, ni altéré notre amitié; les intentions étaient sauves, le prodigieux talent grandissait au lieu de décroître, et des vers où l'amitié s'immortalise, vers généreux que je retrouve aujourd'hui avec orgueil dans mon coeur, s'élevaient entre Hugo et moi comme une muraille de diamant contre toute division possible de nos coeurs, quels que fussent les dissentiments sociaux ou politiques.

Comment pourrais-je oublier jamais cette ode de 1825, à Lamartine, qui éleva mon nom plus haut cent fois que la réalité, sur le souffle d'un tourbillon d'amitié, vent d'équinoxe du printemps, qui prend une feuille et qui la porte aussi haut qu'un astre?

Ces vers, les voici: qu'on me permette d'ouvrir quelquefois mon écrin, comme un roi fugitif et découronné, et d'y contempler le plus beau joyau de ma couronne quand Hugo m'avait fait roi, maintenant que le sort m'a fait mendiant, mendiant non pour moi, mais pour mes frères!

Ces vers, lisez, encore une fois, les voici; j'oublie, en les transcrivant, celui pour qui ils furent écrits, mais jamais celui qui les écrivit:

ODE À M. A. DE LAMARTINE

PAR M. VICTOR HUGO.