III.
«Hélas! chez quels mortels suis-je encore arrivé? Sont-ils injurieux, sauvages et méchants? ou bien ont-ils des pensées hospitalières et le respect des Dieux?
«Des cris de jeunes femmes sont venus jusqu'à moi; ce sont des nymphes sans doute qui résident sur les hautes cimes des montagnes, aux sources des fleuves et dans les prairies herbeuses et humides. Ou bien serais-je près de mortels à voix humaine? Levons-nous, et essayons nous-même de tout voir.
«À ces mots, le divin Ulysse, en se dégageant des branches, brise de l'effort de sa main dans l'épais taillis un rameau feuillu pour en voiler autour de ses reins sa nudité. Puis il s'avance comme un lion nourri dans les montagnes, confiant en sa force, qui marche battu de la pluie et du vent. Ses yeux étincellent: il s'élance contre les génisses, les brebis ou les biches des forêts. La faim lui ordonne d'attaquer les troupeaux et de pénétrer dans les bergeries les mieux closes. Tel Ulysse, tout nu qu'il est, va au devant des jeunes filles à la belle chevelure, car il le faut; il leur apparaît tout souillé de l'écume de la mer et tout effrayant. Elles s'enfuient de côté et d'autre sur les hauteurs du rivage; seule la fille d'Alcinoüs demeure, car Minerve lui inspire le courage et bannit de son coeur l'effroi. Elle est debout et attend; mais Ulysse délibère: ira-t-il en suppliant toucher les genoux de la jeune fille aux beaux yeux, ou la suppliera-t-il de loin, par des paroles persuasives, de lui donner des vêtements et de lui montrer la ville? Dans ces pensées, il lui semble préférable de la supplier de loin, de peur qu'il n'excite la colère de la jeune fille en touchant ses genoux. Il lui adresse aussitôt ce discours adroit et plein de douceur.