‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 47 sur 162 · XXIV.

XXIV.

C'est ainsi qu'il arriva à ses derniers moments, résigné, pieux, plein de cette joie intérieure que l'homme étendu sur le fumier de Job trouve dans l'entretien perpétuel et solitaire avec son invisible ami.

Relisons ici les derniers mots de Jules Janin, qui paraît l'avoir connu et aimé autant que nous.

«Disons hardiment que c'était là une belle et douce nature, un esprit bienveillant, un vrai courage, habile à supporter la mauvaise fortune, un laborieux, rude à la peine et fécond à ses risques et périls. L'an passé encore, en allant de son lit à sa table de travail, il était tombé et s'était brisé l'autre jambe. Et maintenant le voilà mort, sans récompense et sans bruit, non loin de cette ville de Dieppe qu'il aimait, au pied d'une grande falaise, au bruit de l'Océan solitaire qui murmure autour de son cercueil.

«Ce qui nous revient de ses derniers moments, dans une cabane de pêcheur, sur un lit d'emprunt, sous la misère de l'abandon, serait chose lamentable. On dirait que cet infortuné avait voulu pousser à bout, par son exemple, un témoignage inouï des douleurs de la poésie abandonnée à ses propres forces. Pauvre, errant, oublié, négligé, sans doute il a manqué de confiance en ses amis, en sa famille qui lui fut toujours bonne et propice... Il n'a pas manqué de confiance, à coup sûr, dans le Père qui est aux cieux!

«Nous, cependant, avertis par ces défaillances, par ces muets désespoirs, par cette ambition inavouée, honorons ce courage, et remplaçant par nos meilleures sympathies ces tristes funérailles d'un poëte si malheureux, prions pour lui, veillons sur nous.»