‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 52 sur 162 · II.

II.

Mais, avant de feuilleter avec vous Platon, disons ce que nous entendons ici par philosophie.

Ce mot veut dire amour ou zèle de la SCIENCE; mais quelle science? la science des sciences, la science suprême, la science première et la science dernière, la science surnaturelle, c'est-à-dire la science des choses qui sont au-dessus de la portée des sens.

Cela était nécessaire à vous dire pour ne pas vous laisser confondre cette philosophie surnaturelle, ou cette science des choses invisibles et impalpables, avec toutes ces autres sciences naturelles qui se sont appelées aussi improprement du nom de philosophie, mais qui n'ont pour objet que les choses sensibles et matérielles, telles que la physique, la chimie, l'astronomie, les mathématiques.

Ces sciences systématisées sont des philosophies aussi, si vous voulez, mais ce sont des philosophies inférieures, secondaires, subalternes, courtes, finies, parce qu'elles ne touchent qu'à la matière et à ses phénomènes, et parce qu'en enseignant une multitude de faits, elles n'enseignent néanmoins directement aucune vertu et aucune immortalité.

Voilà pourquoi, quand il s'agit de philosophies surnaturelles, telles que celles dont nous allons vous entretenir, on a confondu le mot de sagesse avec le mot de science, et l'on a dit: La philosophie est l'amour ou le zèle de la SAGESSE. Cette science-là, en effet, englobe et domine toutes les autres, parce qu'elle est la science de l'âme elle-même, la science de l'infini, la science de Dieu, la science de nos rapports avec l'Être des êtres, la science de notre origine, la science de notre vie morale, la science de notre fin!

Pouvait-on appeler d'un autre nom que SAGESSE cette science qui enseigne à l'homme où il est, ce qu'il est, où il va, et comment il doit penser, agir, adorer, vivre, mourir et revivre?

C'est là ce que nous entendons, dans cet Entretien, par ce mot «philosophie.»