XVI.
Vous savez que les Égyptiens, évidemment colonie intellectuelle du haut Orient, divinisèrent symboliquement la nature entière sous le nom d'Isis; ils lui jetèrent dans ses figures un voile sur le visage, comme pour signifier le mystère sous lequel elle cache mais laisse entrevoir ses vérités. Le plus sage des peuples est évidemment celui qui a le premier écrit sur l'univers ce mot _mystère_, car _mystère_ est aussi le dernier mot de toute science, de toute sagesse et de toute vérité jusqu'à la consommation des temps. C'est le plus bel hymne que l'homme puisse chanter à l'incompréhensible, c'est-à-dire à Dieu.
Cependant un livre unique, échappé aux incendies, aux débordements, aux sépulcres de l'Égypte, soulève un coin de ce voile jeté sur le front de l'Isis égyptienne, et révèle une partie des mystères de la philosophie primitive. La ressemblance de cette philosophie occulte avec la philosophie de Socrate et de Platon est trop complète pour que cette similitude soit l'oeuvre du hasard. On en conviendra après avoir lu le _Phédon_. On le conjecturera avec plus de vraisemblance encore, quand on saura que Platon, l'éditeur plus ou moins fidèle des dogmes de Socrate, était allé, avant d'écrire, consulter les prêtres et les philosophes égyptiens.