‹ Cours familier de Littérature - Volume 14Chapitre 84 sur 162 · III.

III.

On a vu cependant combien, dans le _Phédon_, cette philosophie spiritualiste, la seule vraie, la seule noble, la seule honnête dans ses conséquences, produit la moralité dans les paroles, dans la vie et dans la mort de Socrate. Quand on a lu cette mort dans le _Phédon_, on se sent comme un air de joie et de fête dans l'âme; on croit sortir d'un banquet au lieu de sortir d'un supplice. Une émanation du ciel a découlé sur la terre de cet holocauste d'un philosophe à la vérité, d'un homme de bien à la vertu, et d'un mourant à l'immortelle espérance.

Mais, nous le répétons avec douleur, là s'arrête la divinité philosophique de Platon; presque dans tous ses autres dialogues le saint disparaît, le rhéteur se montre, argumente, et le dialecticien, faisant un ennuyeux abus de la parole, se livre à des puérilités d'esprit qui font rougir le génie grec.

Nous ne vous en donnerons ici qu'un exemple; il y en a presque autant que de pages dans ce pire des jeux d'esprit, _le jeu de mots_, le son pris pour l'idée, la parole pervertie de son sens.

Ouvrez le dialogue intitulé l'_Euthydème_. M. Cousin, justement scandalisé, n'y voit qu'une simple parodie des sophistes; mais l'argumentation sophistique est trop semblable à d'autres argumentations employées très-sérieusement et très-habituellement par Platon, pour n'y pas reconnaître la manière de Platon lui-même.