‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 134 sur 193 · XLII.

XLII.

Le 28 mai.

«Notre ciel d'aujourd'hui est pâle et languissant comme un beau visage après la fièvre. Cet état de langueur a bien des charmes, et ce mélange de verdure et de débris, de fleurs qui s'ouvrent sur des fleurs tombées, d'oiseaux qui chantent et de petits torrents qui coulent, cet air d'orage et cet air de mai, font quelque chose de chiffonné, de triste, de riant que j'aime.

«Mais c'est l'Ascension aujourd'hui; laissons la terre et le ciel de la terre, montons plus haut que notre demeure, et suivons Jésus-Christ où il est entré.

«Cette fête est bien belle; c'est la fête des âmes détachées, libres, célestes, qui se plaisent, au-delà du visible, où Dieu les attire.»

Le 29 mai.

«Jamais orage plus long, il dure encore, depuis trois jours le tonnerre et la pluie vont leur train. Tous les arbres s'inclinent sous ce déluge; c'est pitié de leur voir cet air languissant et défait dans le beau triomphe de mai.

«Nous disions cela ce soir, à la fenêtre de la salle, en voyant les peupliers du Pontet penchant leur tête tout tristement, comme quelqu'un qui plie sous l'adversité. Je les plaignais ou peu s'en faut; il me semble que tout ce qui paraît souffrir a une âme.»

Le 30 mai.

«Toujours, toujours la pluie. C'est un temps à faire de la musique ou de la poésie. Tout le monde bâille en comptant les heures qui jamais ne finissent.

«C'est un jour éternel pour papa surtout qui aime tant le dehors et ses distractions. Le voilà comme en prison, feuilletant de temps en temps une vieille histoire de l'Académie de Berlin, porte-sommeil, assoupissante lecture!

«Juge! je suis tombée sur la _théologie de l'Être_!

«Vite, j'ai fermé le livre, et j'ai cru voir un puits sans eau.

«Le vide obscur m'a toujours fait peur.»