III.
Elle quitte cette douce contemplation pour une peine utile. Écoutez:
«En allant à Cahuzac, j'ai voulu voir une pauvre femme malade qui demeure au-delà de la Vère. C'est la femme de la complainte du _Rosier_ que je t'ai contée, je crois. Mon Dieu, quelle misère! En entrant, j'ai vu un grabat d'où s'est levée une tête de mort ou à peu près. Cependant elle m'a connue. J'ai voulu m'approcher pour lui parler, et j'ai vu de l'eau, une bourbe auprès de ce lit, des ordures délayées par la pluie qui tombe de ce pauvre toit, et par une fontaine qui filtre sous ce pauvre lit. C'était une infection, une misère, des haillons pourris, des poux: vivre là! pauvre créature! Elle était sans feu, sans pain, sans eau pour boire, couchée sur du chanvre et des pommes de terre qu'elle tenait là pour les préserver de la gelée. Une femme, qui nous suivait, l'a délogée du fumier, une autre a apporté des fagots; nous avons fait du feu, nous l'avons assise sur un _sélou_, et, comme j'étais fatiguée, je me suis mise auprès d'elle sur le fagot qui restait. Je lui parlais du bon Dieu; rien n'est plus aisé que d'être entendu des pauvres, des malheureux, des délaissés du monde, quand on leur parle du ciel. C'est que leur coeur n'a rien qui les empêche d'entendre. Aussi, qu'il est aisé de les consoler, de les résigner à la mort! L'ineffable paix de leur âme fait envie. Notre malade est _heureuse_, et rien n'est plus étonnant que de trouver le bonheur chez une telle créature, dans une pareille demeure. C'est pire cent fois qu'une étable à cochon. Je ne vis pas où poser mon châle sans le salir, et, comme il m'embarrassait sur les épaules, je le jetai sur les branches d'un saule qui se trouve devant la porte.»