XII.
De sombres pressentiments l'obsèdent; elle ne les confie qu'au papier.
Après un trop court séjour au Cayla, Maurice est reparti, mieux, mais pas guéri. Le journal reprend:
Le 26 janvier 1838.
«Je rentre pour la première fois dans cette chambrette où tu étais encore ce matin. Que la chambre d'un absent est triste! On le voit partout sans le trouver nulle part. Voilà tes souliers sous le lit, ta table toute garnie, le miroir suspendu au clou, les livres que tu lisais hier au soir avant de t'endormir, et moi qui t'embrassais, te touchais, te voyais. Qu'est-ce que ce monde où tout disparaît? Maurice, mon cher Maurice, oh! que j'ai besoin de toi et de Dieu! Aussi, en te quittant, suis-je allée à l'église où l'on peut prier et pleurer à son aise. Comment fais-tu, toi qui ne pries pas, quand tu es triste, quand tu as le coeur brisé? Pour moi, je sens que j'ai besoin d'une consolation surhumaine, qu'il faut Dieu pour ami quand ce qu'on aime fait souffrir.
«Que s'est-il passé aujourd'hui pour l'écrire? Rien que ton départ; je n'ai vu que toi s'en allant, que cette croix où nous nous sommes quittés. Quand le roi serait venu, je ne m'en soucierais pas.»