‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 158 sur 193 · XVIII.

XVIII.

Elle raconte qu'elle va se chauffer au soleil, pendant l'office des morts, dans le cimetière du hameau.

Le 7 avril.

«D'où diriez-vous que je viens, ma chère Marie? Oh! vous ne devineriez pas; de me chauffer au soleil dans un cimetière. Lugubre foyer si l'on veut, mais où l'on se trouve au milieu de sa parenté. Là, j'étais avec mon grand-père, des oncles, des aïeux, une foule de morts aimés. Il n'y manquait que ma mère qui, hélas! repose un peu loin d'ici. Mais pourquoi me trouvais-je là? Me croyez-vous amante des tombeaux? Pas plus qu'une autre, ma chère. C'est que je suis allée me confesser ce matin: et comme il y avait du monde, et que j'avais froid à l'église, je suis sortie et me suis assise au soleil dans le cimetière; et là les réflexions sont venues, et les pensées vers l'autre monde, et le compte qu'on rend à Dieu. Le bon livre d'examen qu'une tombe! Comme on y lit des vérités, comme on y trouve des lumières, comme les illusions, les rêves de la vie s'y dissipent, et tous les enchantements! Au sortir de là, le monde est jugé, on y tient moins.

Le pied sur une tombe, on tient moins à la terre.

(LAMARTINE)

«Il n'est pas de danseuse qui ne quittât sa robe de bal et sa guirlande de fleurs, pas de jeune fille qui n'oubliât sa beauté, personne qui ne revînt meilleur de cette terre des morts.»