‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 161 sur 193 · XXI.

XXI.

On l'invite dans les environs à assister à la fonte d'une cloche. Les réflexions que cela lui suggère se rapprochent du dithyrambe de Schiller. Cela finit par une réflexion triste et vraie comme tout ce qui est triste.

«Je ne suis pas en train d'écrire; il fait un vent qui souffle à tout emporter, même les idées. Sans cela, je dirais tout ce qui m'est venu près de ce fourneau, en pensées religieuses, gaies, tristes; ce que j'ai coulé d'années, de siècles, de baptêmes, de glas, de noces, d'incendies, avec cette cloche. Quand elle finira, qui sait tout ce qui aura fini dans Andillac et dans le monde? L'âge des cloches prend des siècles, du temps sans fin, à moins d'un malheur ou d'une révolution. Ainsi, tous tant que nous étions là, nous ne la verrons pas refondre. Cela seul est solennel: _ne plus voir ce qu'on voit_. Il y a là quelque chose qui fait qu'on y attache fort les yeux, quand ce ne serait qu'un brin d'herbe.»

Quel instinct de notre immortalité dans ces paroles!