‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 168 sur 193 · XXVIII.

XXVIII.

Il faut lire, quand Maurice se marie, son extase de reconnaissance sur les cadeaux de noces venus des Indes, que sa belle-soeur lui envoie.--«Voilà pourtant ce qui nous arrive de Gaillac par le messager; j'ajoute encore que ton frère me rapporte une perdrix qu'il a tuée et deux pauvres cailles blessées... Les souffrants sont pour moi et l'ont toujours été; étant enfant, je m'emparais de tous les petits poulets blessés; faire du bien, soulager, est la moelle du coeur d'une femme.»

Suivons cette veine de gaieté au mariage de son frère.

Le 20 août, à 10 heures du soir.

«C'est trop joli, ce que je vois, pour ne pas te le dire: nos demoiselles, là-bas, le long du ruisseau, chantant, riant, se montrant çà et là sous des touffes d'arbres comme des nymphes de nuit, à la clarté d'un feu d'allumettes que fait Jeannot, leur fanal courant: c'est la pêche aux écrevisses, plaisir qu'Érembert a voulu donner à ces jeunes filles que tout amuse. J'ai mieux aimé être ici à les voir faire et te le dire. Je les entends rire et toujours rire; cet âge est une joie permanente. Pour moi, j'ai besoin de repos, de me coucher au lieu d'errer sur le frais gazon d'un ruisseau. Adieu, Maurice; nous avons bien parlé de toi en montrant les cadeaux de noce. Je ne voudrais pas te quitter, mais de force. Il y aurait de quoi passer la nuit ici à décrire ce qui se voit, s'entend, dans ma délicieuse chambrette, ce qui vient m'y visiter, de petits insectes, noirs comme la nuit, de petits papillons mouchetés, tailladés, volant comme des fous autour de ma lampe. En voilà un qui brûle, en voilà un qui part, en voilà un qui vient, qui revient, et sur la table quelque chose comme un grain de poussière qui marche. Que d'habitants dans ce peu d'espace! Un mot, un regard à chacun, une question sur leur famille, leur vie, leur contrée, nous mènerait à l'infini; il vaut mieux faire ma prière ici devant ma fenêtre, devant l'infinité du ciel.»