XIX.
Mais comme sa belle imagination s'enrichit de toutes ces misères de sa vie! Y en eut-il jamais une plus belle et plus pittoresque, et surtout plus sensible? Saint Augustin, ce bel esprit du christianisme, excepté dans les passages qui peignent sa conversion, ce drame intérieur de sa vie, vise plus à briller qu'à convaincre; il veut éblouir plus qu'émouvoir; d'ailleurs son livre est écrit pour le public. Montaigne est un charmant génie, mais il écrit pour s'amuser lui-même et pour amuser ses lecteurs. Sainte Thérèse chante plus qu'elle n'écrit: c'est le Pindare des femmes; elle est sincère, mais elle est illuminée; c'est le météore de l'amour pour l'_idéal_ chrétien: un Dieu-homme expirant sur la croix! J.-J. Rousseau a des pages merveilleuses de description, d'érotisme et de contemplation de la nature dans ses _Confessions_; mais ce sont des pages d'imagination échauffée, ce n'est pas un livre fait pour nourrir des âmes. On doit en boire une gorgée et cacher la coupe à ses enfants, de peur qu'ils n'en boivent le poison. Il y a de l'intimité charmante dans les scènes des _Charmettes_, de Chambéry, mais c'est de l'intimité suspecte: on ne laisse pas le livre sous la main des innocents. Il en sort du plaisir, mais aucune vertu.