II.
Les poursuites patientes, constantes, consciencieuses de l'honnête agent de police Javert ne discontinuaient pas. Valjean y échappe avec sa pupille par des prodiges d'adresse et de force musculaire, dignes d'un forçat de M. d'Arlincourt. Je demande pardon du rapprochement. Du ridicule au sublime il n'y a qu'un pas, dit Napoléon; Victor Hugo ne le franchit jamais, mais dans cette partie du drame il le côtoie sans cesse.
Glissons vite ici. Valjean, près d'être atteint, franchit de hautes murailles avec Cosette attachée par une corde, et tombe dans le jardin d'un couvent de femmes. Un vieux jardinier qui le rencontre, un de ses amis, le cache avec Cosette dans sa hutte; puis Valjean invente une histoire pour faire recevoir et élever Cosette par ces nonnes; puis il se fait sortir du couvent dans une bière pour tromper la police, enfin enterrer sur la foi d'un ivrogne chargé de le réveiller.
Tout cela s'exécute à souhait, comme des tours de funambule chez Franconi. Mais cela n'est pas digne du talent si élevé de l'auteur. Contes et veillées pour amuser le peuple. Vient ensuite une dissertation savante, avec dates et notes, sur la nature, l'origine d'un couvent de filles, dissertation tantôt édifiante, tantôt burlesque, intitulée Picpus.
Cet étalage de science sur des riens ressemble trop au verbiage des faiseurs de tours de gobelets cherchant à distraire le public pendant qu'ils préparent l'escamotage. Ce récit de couvent ne contient guère moins d'un demi-volume.