X.
Mais ce qui fait de ce livre un livre souvent dangereux pour le peuple, dont il aspire évidemment à être le code, c'est la partie dogmatique, c'est l'erreur de l'économiste à côté de la charité du philosophe; en un mot, c'est l'excès d'_idéal_, ou soi-disant tel, versé partout à plein bord, et versé à qui? à la misère imméritée et quelquefois très-méritée des classes inférieures, négligées, oubliées, suspectes, souvent coupables, à la misère de la partie souffrante de la société; idéal faux, qui, en se présentant à ces misères déplorables, imméritées ou méritées, de l'humanité _manuellement_ laborieuse, présente à ses yeux la société comme une marâtre sans entrailles, qu'il faut haïr et logiquement détruire de fond en comble pour faire place à la société de Dieu. Voilà le monstre (nous disons ce mot _monstre_ dans son sens antique, c'est-à-dire prodige), voilà le livre que nous avons essayé d'analyser ici, en le condamnant quelquefois et en l'admirant presque toujours. C'est le romantisme introduit dans la politique.
Pour un écrivain réaliste par excellence, le réel y manque souvent. Or, bien que l'idéal doive planer toujours un peu plus haut que la ligne de l'horizon au-dessus du réel, dans les oeuvres des esprits supérieurs qui veulent faire avancer le monde social, afin qu'il y ait toujours un mieux moral posé devant les hommes pour les faire marcher à Dieu; cet idéal ne doit jamais être tellement séparé du réel, c'est-à-dire des conditions bornées de la nature dans l'imparfaite humanité, qu'il sorte entièrement de l'ordre réel et qu'il devienne rêve au lieu de rester pensée.