‹ Cours familier de Littérature - Volume 15Chapitre 99 sur 193 · VII.

VII.

Le salon dans lequel il passait la soirée avec ses enfants, et quelquefois avec ses hôtes, ses parents, ou ceux de sa femme, et le vieux curé d'Andillac, conservait aussi quelques traces d'élégance de l'ancienne cour: une cheminée antique, une glace, une pendule, un canapé, des fauteuils et des chaises de tapisserie. Une large fenêtre, presque toujours ouverte sur les jardins, le soleil qui y entrait par les beaux jours, la vue assez étendue des carrés de légumes encerclés d'arbres à fruits, plus loin les cimes grêles, mais vertes, des vergers, puis les prés en pente, puis le ruisseau, l'écluse, le moulin, puis enfin les collines, qui fermaient la vallée d'un rideau de cultures, de champs et de châtaigniers, y répandaient plus de jour, de lointain et de gaieté que dans le reste de la demeure; la famille y passait une partie du jour.

Il y avait des livres sur la cheminée et sur la table à jeu du milieu: on n'y jouait jamais, mais on y lisait beaucoup. La nature des ouvrages rappelait les occupations sérieuses du père, du fils, et surtout de la fille aînée, mademoiselle Eugénie de Guérin, qui remplaçait la mère par nécessité, par vertu et par goût, auprès de son frère Maurice et de sa plus jeune soeur. C'étaient presque tous des livres de dévotion ou d'histoire, et çà et là quelques romans choisis de Walter Scott, le barde posthume des Stuarts, auteur justement adoré des légitimistes français.