‹ Cours familier de Littérature - Volume 16Chapitre 100 sur 112 · V.

V.

Il était né en 1749 à Asti, jolie petite ville piémontaise, élégante, et riche par ses bons vins, au pied des Alpes, dans la grande plaine du Piémont. Asti ressemble à Mâcon, au luxe près des belles maisons, que l'emphase italienne appelle palais. La famille d'Alfieri était noble; mais, comme en Italie la noblesse et les arts de la main ne s'excluent pas, un de ses oncles paternels était architecte du roi, d'autres étaient militaires, commandaient à Coni ou en Sardaigne. Son père, marié tard à une jolie veuve d'Asti, mourut encore jeune. Sa veuve se remaria encore après lui, elle eut ainsi des enfants de plusieurs lits. Il avait hérité seul de son père d'environ quarante mille livres de rente avant d'être en âge de les administrer et d'en jouir. Envoyé à l'université de Turin, comme toute la jeune noblesse, il y passa huit ans, qu'il raconte aussi puérilement que son âge, cherchant avec un soin jaloux et ridicule à y faire remarquer à ses biographes futurs quelques symptômes de son prodigieux génie tragique; il n'y découvre que des enfantillages sans goût et sans valeur. On voit que les _Confessions_ de J.-J. Rousseau sont un modèle qu'il cherche à imiter. Mais, s'il en a les vices, il n'en a ni l'originalité ni la grâce. Qu'importe au lecteur que J.-J. Rousseau ait sali de son urine la marmite d'un voisin, ou qu'Alfieri ait eu la tête teigneuse et porté deux ou trois fois perruque dans son enfance? Le cynisme de l'un, l'infirmité de l'autre, n'indiquent que l'incurie ou la malpropreté de leurs gardiens: leur gloire future (si gloire il y a) n'a rien à faire avec ces vilenies; les polissonneries ne sont pas de l'histoire. Un trait de caractère, un indice de sensibilité, disent quelque chose; une saleté ne dit rien que l'orgueil de celui qui s'en vante.