XIII.
Le pape Farnèse, qui voulait plier à lui _Charles-Quint_, fit venir _Benvenuto_, et lui commanda pour ce prince, qu'il attendait à Rome, une reliure en or massif entourée de diamants d'un prix énorme.
«Je mis aussitôt la main à l'ouvrage, et peu de temps après je le portai au pape. Il fut si émerveillé de sa perfection qu'il me combla d'éloges, et défendit à ce sot de _Juvénal_, son ministre, de se mêler de mes affaires.»
Ce livre précieux était presque achevé lorsque l'empereur arriva à Rome, au milieu des arcs de triomphe et des fêtes que d'autres sauront décrire mieux que moi. À leur première entrevue, ce prince fit présent au pape d'un beau diamant qui avait coûté douze mille écus, et que je devais monter sur un anneau à la mesure de son doigt; mais Sa Sainteté voulut auparavant que je lui portasse le livre, quoique imparfait encore. Me consultant sur les excuses que nous pourrions donner à l'empereur, sur cette imperfection, je lui dis que l'excuse serait ma maladie, à laquelle Sa Majesté croirait facilement en me voyant si maigre et si défait. C'est à merveille, me dit le pape; mais il faut que tu le lui offres toi-même de ma part. Il m'ajouta ce que je devais faire et dire en cette circonstance; ce que je répétai devant lui. C'est fort bien, me répondit le pape, si la présence d'un empereur ne te trouble pas. Que Votre Sainteté ne craigne rien, lui dis-je, je ferai et je parlerai encore mieux! L'empereur est vêtu et fait comme un autre homme, et je ne me trouble point devant Votre Sainteté, malgré son auguste dignité, ses ornements pontificaux et sa vieillesse. Ce prince lui fit compter cinq cents écus.--Juvénal, ministre et confident du pape Farnèse, le calomnia auprès de lui. On ne le reçut plus comme autrefois.
LAMARTINE.
(_La suite au prochain entretien._)
Ce ENTRETIEN.
BENVENUTO CELLINI.
(SECONDE PARTIE.)