VI.
Benvenuto se livra alors tout entier à son génie et à sa verve. Il finit sa statue de Jupiter de grandeur naturelle, celle de Mars et une multitude de chefs-d'oeuvre pour la duchesse d'Étampes et pour ses amis d'Italie. Sa situation était triomphante; le roi le chérissait et croyait avoir enlevé son lustre à l'Italie, avec _Léonard de Vinci_ et _Benvenuto_, pour les attacher à son règne en France. À son retour de sa campagne il lui envoya des lettres de naturalisation. Il vint à Paris le visiter dans l'hôtel de Nesle. Il ne pouvait comprendre comment il avait fini ou ébauché tant de magnifiques ouvrages en si peu de mois. Pendant la conversation on parla de _Fontainebleau_. La duchesse d'Étampes dit au roi que Sa Majesté devrait me commander quelque chose de beau pour ce magnifique palais. Vous avez raison, dit le roi; et il me consulta sur-le-champ sur ce que nous pourrions imaginer pour cette belle fontaine. Je lui fis part de mes avis; il y ajouta les siens, il me dit ensuite qu'il allait passer quinze ou vingt jours à Saint-Germain; que je lui fisse, pendant ce temps-là, un dessin, le plus beau que je pourrais imaginer, pour orner ce château, qui était ce qui lui plaisait le plus dans son royaume; qu'il me _priait_ d'y employer toute mon imagination et mon talent. Se tournant ensuite vers Mme d'Étampes: Je n'ai jamais vu d'homme qui me soit plus agréable, et qui mérite plus d'être récompensé! Quoique je le voie souvent, jamais il ne me demande rien; il ne pense qu'à son travail: c'est pourquoi je veux le fixer à Paris à force de récompenses. Mme d'Étampes lui répondit qu'elle aurait soin d'en faire souvenir Sa Majesté; et ils me quittèrent.