‹ Cours familier de Littérature - Volume 17Chapitre 58 sur 93 · XIV.

XIV.

Les principaux caractères de sa vie, écrits par lui-même tels que nous venons de vous les raconter, furent la naïveté souvent un peu féroce de ses sentiments et de ses actes. Ils peignent avec exactitude l'enthousiasme pour tous les arts de la main qui renaissaient sous Léon X, le culte du génie, la liberté des passions individuelles, à qui les crimes même étaient pardonnés en faveur d'un chef-d'oeuvre de peinture et de sculpture, et enfin ce mélange bizarre de dévotion sincère et d'attentats atroces que l'absolution du pontife effaçait de la main même de l'assassin. La fausse modestie n'existait pas. On se vantait du mal comme du bien. Le génie était la vertu, la bravoure était la gloire. On jetait sa vie ou son immortalité à _croix ou pile_, pourvu qu'un pape eût le temps de vous pardonner et de vous renvoyer du gibet au ciel. Une sainte jactance affichait même plus de forfaits qu'on n'en avait commis. Ce temps explique _Machiavel_ en politique, _Benvenuto_ Cellini en art et en littérature. Les Médicis vinrent et changèrent ces moeurs en les polissant. Le commerce fit de l'Italie ce que la guerre et la religion en avaient fait sous les Romains et sous le christianisme naissant, ce modèle de l'Europe! Machiavel et Benvenuto Cellini furent les créatures de l'ère, de la politique et des arts, les héros forts et demi-barbares qui précédèrent dans l'antiquité fabuleuse les grandes civilisations.

LAMARTINE.

FIN.

CIe ENTRETIEN.

LETTRE À M. SAINTE-BEUVE.

(PREMIÈRE PARTIE.)