VIII.
Mais il y en avait encore un autre que M. de Reumont, traduit par M. Saint-René-Taillandier, interprète tout autrement, c'était la pension à solliciter de l'Angleterre pour la veuve de son roi détrôné. On ne peut expliquer autrement la visite inconvenante qu'Alfieri et la comtesse allèrent rendre, avec éclat, à la cour de Londres en 1791.
«Sans cela, ajoute le commentateur de la vie d'Alfieri, on ne comprendrait pas certain épisode de ce voyage à Londres, dont Alfieri ne parle pas dans ses mémoires (pour éviter sans doute des explications très-étranges). Le 29 mai 1791, la comtesse d'Albany consentit, si elle ne le sollicita pas, à être présentée au roi George III et à la reine Caroline d'Angleterre! La veuve de Charles-Édouard, offrant publiquement ses hommages au représentant couronné de cette maison de Hanovre qui avait été, en 1746, si impitoyable pour les amis du prétendant, c'est là un contraste qui devait exciter un immense étonnement.»
Deux soeurs, dont l'une fut aimée par Horace Walpole, mesdemoiselles Berry, avec lesquelles je passais mes soirées à Rome en 1820, avaient reçu de leur correspondant Walpole un document qu'elles ne craignaient pas de communiquer dans leur intimité.--«La comtesse d'Albany, écrivait Horace Walpole à mademoiselle Berry, non-seulement est à Londres, mais il est probable qu'en ce moment même elle est au palais de Saint-James (résidence de la cour à Londres). Ce n'est pas une révolution à la manière française qui l'a restaurée, c'est le _sens dessus dessous_ si caractéristique de notre époque. On a vu dans ces deux derniers mois le pape brûlé en effigie à Paris, madame du Barry invitée à dîner chez le lord-maire de Londres, et la veuve du prétendant présentée à la reine de la Grande-Bretagne.» Il ajoute quelques jours après: «J'ai eu par un témoin oculaire des détails très-précis sur l'entrevue des deux reines. La reine-veuve a été annoncée sous le titre de princesse de Stolberg. Elle était vêtue fort élégamment, et ne parut pas embarrassée le moins du monde. Le roi parla beaucoup avec elle, mais seulement de son voyage, de la traversée, et d'autres choses générales. La reine lui parla aussi, mais moins longtemps. Elle se trouva placée ensuite entre deux des frères du roi, le duc de Glocester et le duc de Clarence, et eut avec eux une longue conversation. Il paraît qu'elle avait connu le premier en Italie. Elle n'a point parlé avec les princesses. Je n'ai rien su du prince de Galles, mais il était présent, et probablement il ne s'est pas entretenu avec elle. La reine la regardait avec la plus sérieuse attention. Ce qui rend l'événement plus étrange, c'est qu'il y a fête aujourd'hui pour l'anniversaire de la naissance de la reine. Madame d'Albany a été conduite à l'Opéra dans la loge royale...» Trois semaines après cette présentation, le 10 juin, la comtesse assista à la séance de clôture du parlement.