‹ Cours familier de Littérature - Volume 18Chapitre 106 sur 106 · XV.

XV.

Balzac naquit, et, doué par la nature d'un talent immense et d'un esprit juste, il secoua ces haillons de la pensée dont on avait voulu faire un costume national, il rentra dans la voie droite de l'abbé Prévost, et n'aspira qu'à un seul titre, celui d'_historiographe de la nature et de la société_.

Il le poursuivit laborieusement, passant avec un égal succès de la peinture la plus hideuse du vice jusqu'à la _Recherche de l'absolu_, cette pierre philosophale de la philosophie, jusqu'au _Lis dans la vallée_, cette perle de l'amour pur. Parcourez ces cent volumes de ses oeuvres jetés avec profusion de sa main jamais lasse, et concluez avec moi qu'un seul homme en France était capable d'exécuter ce qu'il avait conçu, la _Comédie humaine_, ce poëme épique de la vérité!

On dit, je le sais, et je me le suis dit moi-même en finissant la lecture de ce merveilleux artiste: Il est parfait, mais il est triste; on sort, avec des larmes dans les yeux, de cette lecture.--Balzac est triste, c'est vrai; mais il est profond.--Est-ce que le monde est gai?

Molière était triste, et c'est pourquoi il fut Molière.

LAMARTINE

FIN DU TOME DIX-HUITIÈME.

Paris.--Typographie de Firmin Didot frères, imprimeurs de l'Institut et de la Marine, 56, rue Jacob.