‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 122 sur 122 · XXVII

XXVII

Mais cela suffit-il à l'inquiète raison humaine, qui n'a de repos que quand elle a trouvé son aplomb?

Mais cela suffit-il à la science, qui n'admet aucun effet sans cause, et qui voit l'effet universel, le _Cosmos_, se désintéressant de la plus grande des causes, son Créateur et son Dieu?

Mais cela suffit-il au malheur, qui voit effacer des astres cet astre de l'âme, cette divine providence _infinie_ qui compte ses larmes et ses jours et qui met en réserve ses souffrances pour les changer en océan de justice, de réparation et de délices au jour éternel où elle donnera à l'insecte tout ce qu'elle a promis à l'univers pour sa seule existence?

Mais cela suffit-il à l'espérance, qui, en s'approchant chaque jour de la mort, y marche gaiement pour étancher enfin sa soif d'immortalité?

Non, si vous mettez en doute l'existence de la providence et la bonté de Dieu, la création, la conservation, la perfectibilité de ses oeuvres, que votre vie soit une éternelle malédiction, au lieu d'être une bénédiction sans fin!

Or, votre conscience vous le dit, un Dieu sans évidence serait, s'il existait, une malédiction sans terme; s'il n'existait pas, le _Cosmos_ n'existerait pas lui-même!

Le mystère est la seule explication du Dieu invisible; le mystère est la seule explication de la matière elle-même.

Confessez que tout commence et que tout finit par le mystère, et adorez!

Le mystère est le _passe-partout_ des deux mondes!

LAMARTINE.

FIN DU TOME DIX-NEUVIÈME.

Paris.--Typogr. de Firmin Didot frères, Imprimeurs de l'Institut et de la Marine, rue Jacob, 56.

[Notes au lecteur de ce fichier numérique:

Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

Les prénoms Guillaume et Alexandre sont intervertis en page 228.]