‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 22 sur 122 · III

III

Napoléon songeait alors à séduire les cardinaux afin d'élever autel contre autel, par un concile soumis à ses inspirations. Les manoeuvres hostiles du cardinal Fesch contre Consalvi dans cette circonstance se combinent avec la tentative avortée du concile pour exaspérer de plus en plus l'Empereur contre l'ami de Pie VII.

Jusqu'aux désastres de 1813 et de 1814, l'histoire de Consalvi n'est que le martyrologe volontaire de ses exils, de ses misères et de ses persécutions. Avant la dernière campagne de Napoléon en France, il sentit la nécessité de se réconcilier avec Pie VII, captif à Fontainebleau. Il s'y rendit avec la jeune impératrice, sous prétexte d'une partie de chasse. Il promit tout au Pape à condition de certaines concessions innocentes, au moyen desquelles il lui restituait ses États. Le Pape, si fidèle quand ses intérêts seuls étaient en question, fut doux et conciliant devant les caresses de l'Empereur. Il consentit et signa tout, au premier moment. L'Empereur repartit pour Paris avec la signature de ce nouveau traité; mais les cardinaux, conseillers du Pape, lui ayant été rendus, ils l'alarmèrent sur ses concessions et le firent regretter sa complaisance. Tout fut rompu et s'envenima. Pie VII reprit le rôle de martyr.

Après l'abdication de 1814, le consentement de l'Empereur et la force des événements le rendirent libre. Il reprit la route de Rome. Arrivé à Bologne, il y trouva le roi de Naples Murat, dont l'équivoque intervention hésitait entre la soumission au Saint-Siége et l'appel à l'insurrection de toute l'Italie contre l'Autriche et contre la France elle-même. En présence du pape Murat n'osa pas se prononcer. Il le laissa passer pour se donner du temps; Pie VII passa et arriva à Rome porté sur les bras et sur le coeur du peuple. Il reprit les rênes et rappela son ami Consalvi au gouvernement.

Pendant cette indécision, Murat se déclara, livra bataille aux Autrichiens, fut défait et se réfugia à Naples d'où il s'embarqua pour Toulon, puis pour la Calabre, où la mort l'attendait; mort cruelle où un roi héroïque tombait sous la balle d'un roi à peine restauré; tache de sang sur deux couronnes, qui tuait le vainqueur autant que le vaincu!