‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 38 sur 122 · I

I

Je vais aujourd'hui vous entretenir d'un livre séculaire, le _Cosmos_, de M. de Humboldt. _Cosmos_ veut dire l'_univers_, le _monde_, le _tout_. Je me suis dit, en ouvrant ce procès-verbal de la science universelle: Enfin je vais tout savoir. Je rends grâce au ciel de m'avoir fait vivre jusqu'à ce jour, où, par la main d'un grand homme, le voile du sanctuaire a été déchiré et les secrets de Dieu révélés au grand jour, car cet homme, enflammé d'une si immense ambition, cet homme dont le nom retentit depuis ma naissance dans le monde lettré, cet homme devant qui les savants de tous les pays s'inclinent en lui rendant hommage, ne peut pas être un homme ordinaire, un jongleur, un charlatan, un joueur de gobelets pleins de vide, un nomenclateur spirituel prenant les noms pour des choses; il doit savoir mieux que moi qu'un dictionnaire n'est pas un livre, qu'un procès-verbal n'est pas une logique, qu'en nommant les phénomènes on ne les définit pas, qu'on recule la difficulté sans la résoudre par des dénominations savantes, et qu'en réalité la vraie science ne consiste pas à _connaître_, mais à _comprendre_ l'oeuvre du Créateur. Je vais donc lire, je comprendrai davantage après avoir lu cette magnifique _théologie naturelle_ de la science par laquelle l'auteur des choses permet à ses créatures d'élite telles que Newton, Leibniz, les deux Herschel, d'admirer sa puissance et de conjecturer sa sagesse par la perception plus claire de ses magnificences infinies; le doigt savant de l'enthousiasme va m'approcher de lui, et je dirai, quoique ignorant, l'hosanna de la science, les premiers versets du moins de l'hymne à l'infini.

J'achetai les quatre volumes du prophète scientifique de Berlin, et je passai quatre mois de l'été à lire. Je vous dirai plus loin ce que j'éprouvai après avoir lu.

Mais, avant, disons ce que c'était que M. de Humboldt. L'homme sert beaucoup à expliquer le livre.