‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 40 sur 122 · III

III

Les deux frères, quoique cordialement unis, suivaient des voies différentes à leur entrée dans la vie: Guillaume, la voie large et universelle de l'homme destiné aux actions vives et généreuses de la vie publique; Alexandre, les études spéciales et concentrées de la vie scientifique. L'un, sensible à la séduction des femmes, lié avec les plus belles actrices des théâtres de Berlin; l'autre, absorbé dans les livres, et ne recherchant que les savants. La même diversité de penchants les suivit à l'université de Francfort. L'Anglais Forster, compagnon de Cook dans ses voyages, lui en donna le goût, pour rivaliser avec Cook. C'est dans ses entretiens avec Forster qu'il conçut la première idée de son voyage terrestre dans l'Amérique du sud. Alexandre, au contraire, se livra aux élucubrations religieuses, poétiques et philosophiques des Allemands de distinction qui habitaient Francfort. Guillaume, ayant rejoint Campe, son premier instituteur, à Brunswick, alla avec lui assister avec une joie sérieuse, à Paris, à l'éclosion d'une philosophie politique, en 1789. Alexandre partit avec Forster et sa femme pour les bords du Rhin et la Hollande, afin d'y étudier les phénomènes de la nature purement matérielle. Guillaume, de retour en Allemagne, se lia à Weimar avec le poëte Schiller, et avec la jeune et spirituelle fille du président de Dawscherode, à Erfurth. Il fut nommé, bientôt après, conseiller d'ambassade. Tous ses désirs tendaient à amener chez lui, en qualité d'épouse, la belle Caroline Dawscherode. Alexandre brigua et obtint une place d'inspecteur des mines. Il adopta alors les théories neptuniennes des naturalistes allemands, et écrivit des opuscules dans ce sens. La mort de leur mère les surprit alors; ils la pleurèrent tous deux comme la racine commune de leur existence. Guillaume prit le château et la terre de Tégel, où il continua de vivre avec sa charmante femme. Alexandre vendit les autres domaines de la succession, pour fournir aux frais de son voyage en Amérique, projeté depuis son enfance. L'amitié des deux frères ne fut nullement altérée; leur amitié fraternelle s'enrichit au contraire de l'affection de la femme aimée d'Alexandre. Il en avait déjà deux enfants.