‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 62 sur 122 · VII

VII

La première qualité d'un livre et d'un homme qui s'intitule _Cosmos_, c'est d'être infini. «_Ab Jove principium!_» car le cosmos ou le monde étant l'oeuvre de Dieu, il doit être divin.

«Que m'importe cet être que vous appelez Dieu? Je ne l'ai jamais rencontré dans mes recherches; Dieu est une hypothèse dont je n'ai jamais eu besoin dans mes calculs.» Aucun homme, qui a reçu ce résumé de nos sens qu'on nomme logique, ne peut se contenter de cette négation: quant à moi, dans les effets, c'est la cause seule que je cherche; une pensée de Socrate, une idée d'Aristote, une conception de Descartes, m'importent plus que ces milliers de faits sans conclusion de vos _Cosmos_ sans âme et sans Dieu. Mon âme n'a de sympathie que pour les âmes, et d'adoration que pour l'âme des âmes, l'auteur voilé dans son ouvrage, Dieu. Autant une pensée infinie est au-dessus d'un fait brutal, autant mes contemplations et mes prières sont au-dessus d'un _Cosmos_ chimique ou géométrique. Qu'est-ce qu'une réticence qui cache tout en prétendant tout enseigner?

Comment M. de Humboldt a-t-il été amené à écrire son _Cosmos_ en dehors de Dieu, et à décrire le plus magnifique des poëmes sans crier _hosanna_ à son divin poëte? Disons-le hardiment: c'est qu'au fond il était matérialiste. Or qu'est-ce que la matière? La matière, c'est ce vil composé de fange durcie ou liquéfiée, terre, argile, sable, feu, fer, soufre, dont les astres sont pétris, petit nombre d'éléments abjects qui se combinent ou se combattent dans leur juxtaposition pour produire ces phénomènes de la voûte céleste. Relativement à l'infini, cela n'a point d'intérêt, ou cela ne peut avoir d'autre intérêt que l'étendue, l'espace, et les différentes impulsions que Dieu leur imprime et qui leur commandent le mouvement. Leur masse même et leur distance importent peu, car l'auteur de ces ouvrages n'a qu'à ajouter, comme la marchande d'herbes dans le bassin de sa balance, un brin à un brin, une once de fer ou une pincée de charbon, et, brin à brin, once par once, il finira par produire une étoile un million de fois plus grosse que la terre, sans que cette masse multipliée par l'infini acquière autre chose que du poids de plus. Renouvelez cette opération des milliards de fois dans les cieux, ce sera toujours la même chose, et sa grandeur ou sa petitesse relative à nous n'atteint que deux forces: une force incréée qui donne, une force créée qui reçoit. Voilà tout.

Mais l'âme ou la pensée de cette organisation, où est-elle? Nulle part.