XI
Enfin, cet être infini et mystérieux dans ses desseins me prête de siècle en siècle des lueurs pour m'approcher de lui par des spectacles rapprochés et plus sublimes; je finis non par comprendre, car l'étincelle ne peut comprendre l'étoile, mais par conjecturer je ne sais quoi d'immense, de parfait, d'accompli, qui me contient moi et les univers, et qui, sous le nom de divinité ou de Providence, m'a donné, tout insecte invisible que je suis, la même place, le même rang, la même part d'importance, d'attention et d'amour qu'à ses soleils.
Convaincu de cette foi évidente, je me rassure en sa présence, et je me dis: «Mon Créateur est là-haut!»--Allons à lui par la contemplation, et rendons-nous compte de son oeuvre complète, afin de l'adorer plus complétement dans son oeuvre, qu'il me permet d'entrevoir, jusqu'au moment où des instruments intellectuels plus parfaits me rapprocheront encore davantage, et où la science fera tomber les voiles qui me dérobent la perfection et l'immensité de l'infini.