‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 93 sur 122 · XX

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Les reptiles et les insectes ne pullulent point, comme on le croirait, dans les forêts vierges. La première peur d'un nouveau débarqué sous ces ombrages marécageux est de marcher à chaque pas sur des reptiles venimeux. Pour être nombreux à certains endroits, il s'en faut bien qu'ils soient nombreux partout, et encore appartiennent-ils la plupart du temps à des espèces sans venin. Il n'arriva qu'une fois à M. Bates de se trouver enlacé dans les replis d'un serpent merveilleusement mince, avec un diamètre maximum d'un demi-pouce sur six pieds de long. C'était une variété du dryophis. Le hideux sucurugu ou boa aquatique, _eunectes murinus_, est plus redoutable que les serpents des bois (hors les espèces les plus venimeuses, comme le javaraca, _craspedocephalus atrox_), et il attaque souvent l'homme. Dans la saison des pluies, les boas sont si communs qu'on en tue jusque dans les rues de Para. On range au nombre des plus communs et des plus curieux serpents les amphisbènes, espèce inoffensive, voisine des orvets d'Europe, qui vit dans les galeries souterraines de la fourmi saüba. Les indigènes l'appellent, en style oriental, _maï das saübas_, mère des fourmis.

La forêt vierge n'est point en général empestée de moustiques et autres diptères du genre _cousin_. L'absence de ce fléau, un mélange de variété et d'immensité, la fraîcheur relative de l'air, les formes diverses et bizarres de la végétation, la majesté de l'ombre et du silence, tous ces éléments combinés donnent de l'attrait à ces solitudes sauvages, que peuplent seuls les arbres et les lianes. «Ces lieux, dit M. Bates, sont le paradis du naturaliste, et pour peu qu'il soit porté à la contemplation, il n'y a point ailleurs de milieu plus favorable à l'esprit rêveur. Les forêts intertropicales produisent sur l'âme, comme l'avait déjà fait observer Humboldt, une impression analogue à celle de l'Océan. L'homme sent qu'il est en face de l'immensité de la nature.»