I
«Les phénomènes de l'année et de ses subdivisions constituent dans la forêt vierge autant de cycles dignes de notre attention. Comme dans toutes les régions intertropicales, il n'y a guère qu'une seule et même saison durant le cours entier de l'année, et on n'y observe ni hiver ni été; on y voit les phénomènes de la vie animale et végétale se reproduire régulièrement, à peu près vers la même époque, ou pour toutes les espèces, ou pour tous les individus d'une espèce donnée, comme il arrive dans les zones tempérées. La saison sèche elle-même n'amène point de chaleurs excessives. La floraison des plantes et la chute des feuilles, la mue, l'accouplement et la génération des oiseaux ne sont point assujettis tour à tour à une sorte de succession collective. En Europe, l'aspect d'un paysage boisé varie de l'une à l'autre des quatre saisons. Dans les forêts de l'équateur, la scène est la même, ou peu s'en faut, tous les jours de l'année, ce qui rend d'autant plus intéressante l'étude du cycle quotidien: chaque jour voit apparaître des bourgeons, des fleurs et des fruits ou tomber des feuilles dans une espèce ou dans l'autre. L'activité des oiseaux et des insectes ne souffre point de relâche; chaque famille a ses heures. Pour ne citer qu'un exemple, les guêpes ne périssent point annuellement en ne laissant dans les nids que les reines, comme dans les climats froids; mais les générations et les essaims se suivent sans interruption. On ne peut jamais dire que ce soit le règne du printemps, ou de l'été, ou de l'automne: chaque journée est un abrégé des trois saisons. La durée de la nuit est constamment égale à celle du jour, les variations quotidiennes de l'atmosphère se compensent et se neutralisent avant le retour du lendemain, le soleil n'est jamais oblique et la température journalière est la même, à deux ou trois degrés près, tout le long de l'année. Toutes ces circonstances impriment à la marche de la nature un équilibre parfait et un caractère de majestueuse simplicité.»