‹ Cours familier de Littérature - Volume 19Chapitre 99 sur 122 · IV

IV

«Tels sont donc, en résumé, les grands traits, les caractères de la forêt vierge par excellence: elle est impénétrable, impropre à la demeure de l'homme; la végétation est en guerre contre elle-même; les plantes et les animaux grimpent; il y a peu d'insectes et point de moustiques; les bas-fonds marécageux contrastent avec les terrains boisés du haut pays; des arbres d'une taille colossale s'appuient sur des racines arc-boutées et supportent des plantes pendantes aériennes, comme une seconde forêt par-dessus la première; pêle-mêle de taillis et de lianes parasites; absence de fleurs; retour invariable des mêmes phénomènes dans leur cycle annuel, mensuel et diurne; ombrages silencieux troublés par des bruits mystérieux et inexplicables; enfin, source inépuisable d'intérêt, qui provient de la beauté et de la variété, de la richesse, de l'exubérance et de l'intensité de la vie chez tous les êtres organiques.

«Ce qui précède n'est en quelque sorte que le cadre des explorations où nous suivrons le voyageur, dont nous avons seulement esquissé les premières impressions[2].»

[Note 2: Je dois cette incomparable description de la forêt vierge à mon éloquent et studieux ami M. Amédée Pichot, rédacteur de la _Revue Britannique_, le plus intéressant recueil scientifique et littéraire de ce siècle, que je lis depuis trente ans en m'instruisant toujours. Ce recueil est le télescope universel qui rapproche les îles et les continents de nous, pour nous faire comprendre le _Cosmos_ intellectuel, le globe pensant.--M. Pichot, qui a traduit Shakespeare avec un homme d'État de nos jours, est digne de nous traduire Humboldt.]