‹ Cours familier de Littérature - Volume 20Chapitre 24 sur 77 · VIII. - IX.

VIII. - IX.

Voilà ce que les Américains si opulents du Nord auraient dû dire aux Américains du Sud: «Émancipez vos esclaves, graduellement, prudemment; nous allons nous cotiser tous pour former l'indemnité nécessaire aux États dépossédés pour payer le travail libre!»

Quel est le droit des Américains du Nord à cette possession universelle de leur continent qu'ils occupent depuis si peu de jours? Est-ce la conquête? Mais elle est à Cortez, Espagnol aussi, et à ce petit nombre d'Argonautes, descendus avec quelques compagnons de fanatisme, d'héroïsme et de férocité, sur l'Amérique du Midi pour la donner au roi d'Espagne et à sa religion alors conquérante.

Est-ce le droit des premiers occupants? Mais les flibustiers cosmopolites, les Danois, les Bretons, les Français, les Portugais, les Espagnols, y ont mis le pied bien avant eux; témoin la Louisiane, les deux Canadas, les Français, les Anglais, l'immense colonie britannique, dont ils sont eux-mêmes le résidu.

J'ai vu moi-même le premier Napoléon, dans une imprévoyance fatale aujourd'hui à la France, pour quelques millions qui n'équivalaient pas à six mois de revenu, donner la Louisiane et les rives sans bornes de son Nil américain! Ils n'ont d'autre titre de possession que leur _marche en avant_.

Ils conquièrent par des emprunts ce qu'ils ne peuvent conquérir par les armes; ne les avez-vous pas vus, il y a quelques jours, proposer aux Mexicains d'hypothéquer leurs provinces les plus riches pour abuser, comme des usuriers du globe, de leur droit fiscal au jour d'un remboursement impossible, et s'emparer, au nom de la politique, d'un pays trois fois grand comme la France, conquis par le crédit? Une fois cette main mise sur cette clef de l'Amérique du Sud, qui ne les voit s'avancer sans obstacle sur les Californies, ces sources de l'or; sur l'Amérique centrale, sur les États de race latine, sur tous les territoires espagnols, devenus des républiques en fusion, Venezuela, la Nouvelle-Grenade, l'Équateur, le Pérou, plus riche encore en or que le Mexique, le Brésil illimité en étendue et en avenir; sur ses annexes, le Paraguay, l'Uruguay, la Bolivie, la Confédération de la Plata, Guayaquil, jusqu'au cap Horn plus tempêtueux que le cap des Tempêtes, et jusqu'à l'océan Austral, cette route d'un cinquième continent, la mystérieuse Australie? Aucun de ces États, usés sous la forme monarchique, nouveaux sous la forme républicaine, excepté le Brésil, n'est de force à lutter contre l'envahissement, et l'on peut calculer étape par étape le jour fatal d'un envahissement accompli, l'extinction de toutes ces belles races latines, civilisées, civilisantes, nobles de sentiment comme d'ancêtres, qui ont peuplé ces plus beaux climats de l'univers de capitales aussi monumentales que Rome et Madrid, et qui deviendront des bazars de marchands.