‹ Cours familier de Littérature - Volume 20Chapitre 39 sur 77 · I.

I.

LA CHASSE À L'ÉLAN.

«Bientôt le chasseur entend venir l'élan, qui fait grand bruit; et, quand il le juge suffisamment près, il choisit une bonne place où le frapper, et le tue. Il n'est pas prudent, tant s'en faut, de se tenir à portée de l'animal, qui dans ce cas ferait certainement à l'agresseur un mauvais parti.

«Un mâle, entièrement venu, mesure, dit-on, neuf pieds de haut; et avec ses immenses andouillers branchus, son aspect est tout à fait formidable. De même que le daim de Virginie et le karibou mâle, ces animaux jettent leur bois chaque année, vers le commencement de décembre; mais, la première année, ils ne le perdent pas même au printemps[4]. Quand on les irrite, ils grincent horriblement des dents, hérissent leur crinière, couchent les oreilles et frappent avec violence. S'ils sont inquiétés, ils poussent un lamentable gémissement qui ressemble beaucoup à celui du chameau.

[Note 4: Il y a ici une apparente contradiction qui s'explique quand on sait que, tandis que les vieux élans déposent leur bois en décembre et janvier, les jeunes ne le perdent qu'en avril et mai; mais la première année ils ne le perdent pas du tout, par conséquent pas même au printemps.]

«Dans ces régions désolées et sauvages qui ne sont guère fréquentées que par l'Indien, l'espèce du daim commun était extraordinairement abondante. Nous avions beaucoup de mal à retenir nos chiens, qui en rencontraient des troupeaux presque à chaque pas. Ce dernier, par ses moeurs, se rapproche beaucoup de l'élan.

«Quant au renne ou _karibou_, son pied est très-large et très-plat; il peut l'étendre sur la neige jusqu'au fanon[5], de sorte qu'il court aisément sur une croûte à peine assez solide pour porter un chien. Quand la neige est molle, on les voit en troupes immenses, aux bords des grands lacs sur lesquels ils se retirent dès qu'on les poursuit, parce que la première couche y est bien plus résistante que partout ailleurs; mais, si la neige vient à durcir, ils se jettent dans les bois. Avec cette facilité qu'ils ont de courir à sa surface, il leur serait inutile de se tracer des sentier au travers, comme fait l'élan; aussi, pendant l'hiver, n'ont-ils pas de remise proprement dite. On ne connaît pas bien exactement quelle peut être la vitesse de cet animal, mais je suis convaincu qu'elle dépasse de beaucoup celle du cheval le plus léger.»

[Note 5: C'est ici la touffe de crins qui pousse derrière le pâturon.]