V.
Quand il quitte l'homme pour décrire et colorier l'oiseau, Audubon surpasse Chateaubriand dans _Atala_, ce poëte qui ne fut que le précurseur du naturaliste dans les forêts de l'Amérique et qui introduisit cependant une note nouvelle dans la gamme de la poésie en France.
Lisez cette description langoureuse des amours et des chants de l'oiseau _moqueur_:
«Quand le chant d'amour de l'oiseau moqueur perce les feuillages du magnolia de la Louisiane au vaste tronc et à l'immense coupole de verdure, l'Européen qui se rappelle l'hymne nocturne du rossignol tapi sous l'ombre des chênes ressent un secret mépris pour ce qu'il admirait autrefois. La bignonia et les vignes rampantes s'enlacent autour des gros arbres, les dépassent, les couronnent, retombent en festons. Un parfum éthéré embaume l'air; partout des fleurs, des grappes mûrissantes, des corymbes vermeils, une atmosphère tiède et enivrante. Vous diriez que la nature, embarrassée de ses richesses, s'est arrêtée un jour pour les répandre de son sein sur cet heureux pays. Levez les yeux: sur une branche du grand arbre repose l'oiseau femelle. Le mâle, aussi léger que le papillon, décrit autour d'elle des cercles rapides, remonte, redescend, remonte encore...»