LXXIV
Je n'y pensais plus deux jours après, et je n'en parlais déjà plus à la maison, quand le jeune capitaine des sbires redescendit avec ses amis de l'Ermitage.
Cette fois, Fior d'Aliza, c'était un dimanche, revenait de la messe des Camaldules avec son cousin Hyeronimo, revêtu de ses plus beaux habits. Les derniers sons de la cloche d'argent des ermites résonnaient encore, comme une gaieté des anges, à travers les branches du châtaignier; le soleil d'automne éblouissait dans les feuilles jaunes; les châtaignes, presque mûres, tombaient une à une, avec les feuilles d'or, sur l'herbe court tondue par les brebis; on entendait la cascade pleuvoir allègrement dans le bassin, et les merles siffler de joie en se frôlant les ailes et en se rappelant dans les lauriers. Il semblait qu'une joie sortait du ciel, de l'eau, de l'arbre, de la terre, avec les rayons, et disait, dans le coeur, aux oiseaux, aux animaux, aux jeunes gens et aux jeunes filles: «Enivrez-vous, voilà la coupe de la vie toute pleine.» Dans ces moments-là, monsieur, on se sentait, de mon temps, soulevé pour ainsi dire de terre, comme par un ressort élastique sous les pieds.