CHAPITRE IV - LXXIX
L'aveugle, après avoir bu une goutte de mon _rosoglio_ dans ma gourde, reprit le récit juste où la veuve l'avait interrompu. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
--Quand Hyeronimo remonta de Lucques le soir, bien avant dans la nuit, à la cabane, il nous raconta que les messieurs de Lucques avaient été pleins d'honnêteté et de caresses pour lui pendant tout le chemin, qu'ils s'étaient arrêtés dans toutes les _osteries_ des gros villages qu'ils avaient rencontrés pour s'y rafraîchir d'un verre de vin, d'une grappe de raisin, d'un morceau de _caccia-cavallo_, sorte de fromage dur et brillant, comme un caillou du Cerchio, et que partout on l'avait forcé de se mettre à table avec eux et de boire comme un homme, jusqu'à ce que les yeux lui tournassent dans la tête et la langue dans la bouche, comme pour le faire babiller à plaisir sur Fior d'Aliza, sa cousine; sur Léna, sa tante; sur l'aveugle et sur sa famille.
Le capitaine des sbires lui-même, un peu aviné, ne tarissait pas, nous dit-il, sur la beauté de Fior d'Aliza sortant tout échevelée de la grotte aux chèvres, s'essuyant les pieds à l'herbe, et les bras à la laine des petits agneaux qu'elle venait de laver. «Encore un ou deux printemps,» disait-il tout bas.