CIX
À ce moment, continua-t-il, Hyeronimo, qui descendait des hauteurs des Camaldules avec un énorme fagot de genêts sur le cou, entendit les aboiements de Zampogna, les coups de hache des bûcherons, les voix larmoyantes de sa mère, de Fior d'Aliza et de moi; à travers une clairière, il vit Calamayo et ses hommes qui nous arrachaient avec violence du tronc de l'arbre, et qui nous rejetaient sans pitié sur les pierres et sur les racines arrosées du sang du visage de sa cousine. Il jeta son fagot pour courir plus vite, et, tenant à la main le hacheron qui lui servait à couper les genêts et les bruyères pour le feu de l'hiver prochain, en trois bonds, avec de grands cris qui nous réveillèrent de notre demi-mort tous les trois, il s'élança entre nous, l'arbre et les bûcherons, et, brandissant sa hachette sur leurs têtes, il les écarta, tous étonnés et tous tremblants, à une certaine distance, groupés autour de Calamayo.
Sa fureur redoubla en voyant le sang de sa cousine. En deux mots, nous lui racontâmes la scène qui venait de se passer.
--Misérables lâches! cria-t-il à Calamayo et à ses acolytes, vous n'aurez la vie du châtaignier qu'avec ma vie! L'arbre est la vie de ma mère, de mon oncle, de ma cousine, de nos pères et de nos enfants; tuez-nous tout de suite si vous voulez le tuer, mais vous ne le tuerez pas, moi vivant!
À ces mots, il s'approcha, avec un geste désespéré et pitoyable, les bras en l'air, de l'entaille déjà profonde de l'arbre, et, tout pâle de douleur, il pleura un moment en silence comme on pleure sur la blessure d'un homme mourant d'un coup de feu.