‹ Cours familier de Littérature - Volume 21Chapitre 65 sur 192 · XII

XII

M. de Fontenay était de mon pays, gentilhomme des environs d'Autun, ami de mes amis, beaucoup plus âgé et plus mûr que moi; il était entré dans la carrière diplomatique par l'influence de M. Courtais de Pressigny, envoyé de France à Rome, immédiatement après la Restauration. C'était un des hommes les plus solides, les plus aimables et les plus capables sous l'apparence de l'ancienne légèreté française. Mais sa légèreté n'était qu'une qualité et nullement un défaut de son esprit. Son sourire bienveillant donnait de la grâce au sérieux de ses pensées, et ses mots fins et à deux sens portaient d'eux-mêmes et touchaient avec justesse à leur double but, comme deux traits partis à la fois d'un même arc: l'un pour faire sourire, l'autre pour faire penser. Il avait par-dessus tout un coeur d'or, pur, solide et franc comme le caractère de la Bourgogne, un peu railleur, mais jamais mordant. La jalousie n'avait jamais approché de ce coeur. Il jouissait du bonheur de faire valoir ses inférieurs et ses égaux. Tel était l'homme avec lequel j'avais à faire mon noviciat diplomatique dans une circonstance où l'on apprenait beaucoup en peu de temps. Les révolutions suppléent au temps en concentrant beaucoup d'événements dans quelques mois. Les campagnes comptent double quand on se bat, elles comptent triple quand on négocie; il faut manoeuvrer aussi vite que les passions d'un peuple en ébullition.

Nous n'eûmes pas deux pensées, M. de Fontenay et moi; il m'associa à tout, nous agîmes en commun sous l'inspiration de son grand sens et de son expérience. La situation complexe de la cour de Naples, les conseils secrets où nous fûmes appelés et les négociations confidentielles avec les chefs de partis et avec les membres les plus influents du parlement, rendaient notre action très-intéressante, quelquefois périlleuse et dramatique. J'en ai rendu compte dans la partie politique de mes oeuvres complètes intitulée: _Mémoires politiques._ Je ne traite dans ces confidences que de cette partie intime qui touche seulement au coeur et qui n'intéresse que la famille et les amis. Glissons donc.