‹ Cours familier de Littérature - Volume 22Chapitre 11 sur 142 · CLIV

CLIV

J'obéis et j'enflai la zampogne, en cherchant sous mes doigts, tout tremblants, les airs de marche au retour des pèlerinages d'été dans les Maremmes, les chants de départ pour les moissonneurs qui vont en Corse par les barques de Livourne, les hymnes pour les processions et les _Te Deum_ à San Stefano, les barcarolles de Venise ou les tarentelles de l'île d'Ischia au clair de la lune, que j'avais si souvent jouées sous les châtaigniers, les dimanches soir, avec Hyeronimo, et qui me paraissaient de nature à réjouir la noce et à faire arrêter les passants; mais je n'en avais guère besoin.

La famille du _bargello_ était très-aimée dans le peuple des boutiques et des places de Lucques, parce que, malgré ses fonctions, le _bargello_, chargé des prisons, était doux et équitable, et qu'il avait dans ses fonctions même de police mille occasions d'être agréable à celui-ci ou à celui-là. Qui est-ce qui n'a pas affaire, une fois ou l'autre dans sa vie, avec la justice ou la police d'un pays? Il faut avoir des amis partout, dit le peuple, même en prison; n'est-ce pas vrai, monsieur? Je l'ai bien vu moi-même plus tard, dans les galères de Livourne. Celui qui tient le bout de la chaîne peut la rendre à son gré lourde ou légère. Le _bargello_ et sa femme avaient un vilain métier, mais c'étaient de bonnes gens.