‹ Cours familier de Littérature - Volume 22Chapitre 17 sur 142 · CLX

CLX

La tour était haute, étroite, humide et percée seulement, çà et là, de fentes dans l'épaisse muraille, pour regarder par-dessus la ville.

C'était une de ces guérites aériennes que les anciens seigneurs de Lucques ou chefs de faction, tels que le fameux _Castruccio Castracani_, faisaient élever autrefois, à ce que m'a dit la femme du _bargello_, pour dominer les quartiers des factions contraires et pour voir, au delà des remparts de Lucques, si les Pisans ou les Florentins s'approchaient de la ville. Les marches étaient roides, et les murs solides auraient aplati les boulets. Tout à fait en haut, à l'endroit où les hirondelles et les corneilles bâtissent leurs nids inaccessibles sous les corniches ou sur les tourelles, il y avait une petite porte tellement basse, qu'il fallait se courber en deux pour y passer; elle était fermée par un verrou gros comme le bras d'un homme fort et garni de têtes de clous, taillés en diamants, qui étaient aussi froids que la neige; elle s'ouvrait et se fermait avec un bruit creux qui résonnait du haut en bas jusqu'au pied de l'escalier de la tour. On dit qu'elle avait servi, dans les anciens temps, à murer, dans ce dernier étage de la tour, un prisonnier d'État qu'on avait voulu laisser mourir à petit bruit, dans ce sépulcre au milieu des airs, et que les gonds et les verrous de la porte avaient retenu le bruit de ses hurlements.

Le vent aussi y hurlait comme des voix désespérées à travers les mâchicoulis et les meurtrières. Cette tour du _bargello_ avait fait partie autrefois, dit-on, d'un palais d'une maison éteinte des seigneurs de Lucques; on l'avait convertie ensuite en prison d'État, et, plus tard encore, en prison pour les meurtriers ordinaires. Elle séparait la maison du _bargello_ de la petite cour profonde et étroite de la prison, sur laquelle les cachots grillés des détenus prenaient leur jour.