‹ Cours familier de Littérature - Volume 23Chapitre 36 sur 94 · L'AMI FRITZ - I

L'AMI FRITZ - I

Le roman que nous venons de lire est certainement un chef-d'oeuvre; mais cette histoire si naïve et si vraie du pauvre conscrit de Phalsbourg n'exige pas un autre mérite que la vérité. C'est le mérite des mérites, c'est vrai. Cependant, il ne faut, pour écrire le _Conscrit de 1813_, qu'avoir vécu et se souvenir. La moitié du talent, ici, est dans une bonne mémoire. Si un homme a vécu soixante et quelques années, et qu'il soit né écrivain, il y a à admirer sans doute, mais il n'y a pas à s'émerveiller de voir sortir de ses mains un pareil livre. C'est ce qui fait que j'ai dit en commençant. Si ce livre est du père de M. Erckmann, je le comprends; s'il est d'un jeune homme je ne le comprends pas. On n'invente pas la vraie couleur, on la copie; pour la copier, il faut la voir. Où donc ces jeunes yeux ont-ils pu voir ce qu'ils racontent aujourd'hui comme des daguerréotypes vivants? Dieu le sait; quant à moi, je l'ignore. Je ne puis que leur rendre témoignage et m'écrier à chaque page de ce miraculeux roman: Cela est vrai comme 1813!