VIII
Le lendemain matin, mes filles avaient dit adieu à la mère et embrassé les enfants dans le berceau et nous étions déjà devant l'avenue de Monceau et devant ses vignes pleines de vendangeurs et de vendangeuses. Elles chantaient en cueillant les grappes avant que le soleil réchauffât l'air du matin. Nous ne tardâmes pas beaucoup, toujours en face du même spectacle, à entrer dans les premières maisons de Bussières. Ce fut alors qu'Aglaé chercha son volume de _Confidences_ pour trouver le chemin de la cure. Elle ne le trouva plus et se mit à pleurer. «Faut-il être malheureuse, disait-elle à ses soeurs, pour avoir perdu son guide au but du chemin.» Mais Marie, la plus jeune, fut la plus raisonnable. «Qu'est ce que cela fait, dit-elle, je sais toutes les lignes du volume par coeur et cette brave famille du scieur de long de Charnay est trop honnête pour ne pas nous le garder pour notre retour. Je gage que nous le trouverons dans la corbeille de raisins sur le lit où tu l'auras laissé tomber en embrassant les enfants. Voyons, que veux-tu savoir? Veux-tu que je vous conduise à l'entrée du jardin de l'ancienne cure où M. de Lamartine, descendant de Milly, attachait son cheval à la porte auprès de la plate-bande de tulipes de son ami l'abbé Dumont, plus tard Jocelyn?»--«Oh oui, dîmes-nous toutes à la fois, fions-nous à sa mémoire, elle est infaillible et présente comme celle d'un enfant. Voyons si elle ne se trompe pas.» Marie sourit comme quelqu'un qui est sûr de son fait et alla marcher devant nous.