‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 28 sur 102 · X

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Cependant l'état maladif de Pierre de Médicis, aggravé par les embarras du pouvoir et par les exigences de ses partisans, amena sa mort, en 1469. Sa veuve Lunegite lui survécut.

Tout était en paix. Alphonse d'Aragon régnait à Naples. Son règne était triomphant. Galéas Visconti gouvernait Milan, par ses vices plus que par ses vertus. Pie II, majestueux pontife, donnait à ses neveux les lambeaux des États voisins de Rome. Florence ne pouvait se maintenir et s'élever que par la politique et la littérature.

Laurent, que la faiblesse et l'infirmité de son père avaient mêlé au gouvernement, fut accompagné au Palais-Vieux, siége du pouvoir de la république, par les nombreux amis de sa maison. Ils le conjurèrent de prendre la direction du gouvernement comme de son patrimoine; il sentit qu'il ne pouvait impunément l'abdiquer. Un abîme était derrière lui, une audace devant; il préféra l'audace, mais il la voila de modestie et de légalité. Il n'usurpa rien; il reçut tout et se prépara à conquérir davantage de l'estime de ses concitoyens. Sans jalousie pour son frère Julien, jeune homme de dix-sept ans, très-distingué et déjà très-populaire par son goût pour les arts et pour les lettres, il lui donna les maîtres les plus éminents pour achever son éducation. L'amitié des deux frères servit d'exemple aux grands. Une légère insurrection de Bernardo Nardi, réprimée par Petrucci et par Ginori, citoyen de Florence, écrasa dans l'oeuf cette première tentative des ennemis des Médicis. Une ligue contre les Turcs, fomentée par le pape, rallia Florence aux Vénitiens. Son commerce avec l'Orient accrut ses richesses à la proportion d'un grand État. Laurent fonda Livourne et la marine toscane, et mit sous les auspices de la religion le commerce de son pays; il plaça sur la flotte douze jeunes gens des premières familles de Florence, et séduisit les grands seigneurs ottomans par la magnificence de ses présents: l'Égypte et ses trésors s'ouvrirent ainsi devant lui; il prit à bail toutes les mines d'Italie et s'empara ainsi, en bénéfice, de tous les immenses revenus intérieurs.

Ses comptoirs couvrirent Rome, Naples, Gênes, Venise et toute l'Italie. Son monopole, acquis par les voies loyales de trafic, fut reconnu et servi même par ses ennemis. L'or fut son premier sujet et lui enchaîna sans bruit tous les autres. Il reçut au nom de la république et combla d'accueil et de fête Galéas Sforze, duc de Milan, et sa femme Bona; il s'attacha les premiers poëtes et les savants éminents de ses États, tels que Pulci, mais surtout le jeune Politien, cet Ovide de la Toscane. Il en fit ses hôtes et ses commensaux à Fiésole, à Carreggi, à Caffagiolio, ces Tiburs de sa famille. Politien, génie vraiment antique et digne d'Horace ne s'enivra pas de cette faveur; il était né d'une bonne famille à Montepulciano, petite ville de la Toscane, comme Flaccus, en Calabre; c'est de là qu'il prit son nom. «Je ne me sens pas plus enorgueilli des flatteries de mes amis, ou humilié des satires de mes ennemis, disait-il, que je ne le suis par l'ombre de mon corps; car, quoique mon ombre soit plus grande le matin ou le soir qu'elle ne l'est au milieu du jour, je ne me persuaderai point que je sois plus grand moi-même dans l'un ou l'autre de ces moments que je ne le suis à midi.»