XIII
Laurent avait choisi pour ami hors de ce monde le supérieur des augustins, l'abbé Mariano, à qui il avait fait construire pour ses religieux un magnifique monastère, dans lequel il se rendait quelquefois avec ses amis pour parler des choses plus hautes que la terre. Mariano, selon le récit de Politien, était le prédicateur le plus remarquable de ce temps. «Dernièrement, dit-il, je me laissai entraîner à un de ses sermons, plutôt, à dire le vrai, par curiosité que dans l'espoir d'y trouver un grand intérêt. Cependant son extérieur me prévint en sa faveur. Son début était frappant et son regard plein d'expression; je commençai à m'intéresser sérieusement à ce qu'il allait dire.--Il commence; je suis attentif: une voix sonore, des expressions choisies, des sentiments élevés.--Il établit les divisions de son sujet: je les saisis sans peine; rien d'obscur, rien d'inutile, rien de fade et de languissant.--Il développe ses arguments; je me sens embarrassé.--Il réfute le sophisme, et mon embarras se dissipe.--Il amène un récit analogue au sujet; je me sens intéressé.--Il module sa voix en accents variés qui me charment.--Il se livre à une sorte de gaieté; je souris involontairement.--Il entame une argumentation sérieuse; je cède à la force des vérités qu'il me présente.--Il s'adresse aux passions; les larmes inondent mon visage.--Il tonne avec l'accent de la colère; je frémis, je tremble; je voudrais être loin de ce lieu terrible.»
«Valori nous a laissé, sur les sujets particuliers qui occupaient l'attention de Laurent et de ses amis dans leurs entrevues au couvent de San-Gallo, des détails qu'il tenait de la bouche de Mariano lui-même. L'existence et les attributs de la Divinité, la probabilité et la nécessité morale d'un état futur, étaient les objets favoris des discours de Laurent. Il exprimait d'une manière très-positive son opinion sur ce point: «Celui, disait-il, qui n'a pas l'espoir d'une autre vie est mort même dès celle-ci.»