‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 48 sur 102 · XV

XV

La femme de Laurent, Clarisse Orsini, mère vertueuse de ses fils, charme de sa vie, mourut alors, en 1488. Sa mélancolie redoubla; la solitude du coeur, à un certain âge, est la mort anticipée. Il s'y prépara.

Mais son ennemi acharné, le neveu du pape, Riario, périt avant lui. Il avait épousé une soeur de Galéas Visconti, duc de Milan. Son déréglement de vie excita contre lui la haine des troupes. Trois assassins conjurés pénétrèrent dans la salle où il soupait: le premier le blessa au visage; il se jeta sous la table; le second l'y perça de son épée; il se releva encore pour s'enfuir par la porte; le troisième l'en empêcha par un dernier coup mortel. Les gardes ne parurent pas. On le dépouilla et on lança son cadavre par la fenêtre. Toute la ville applaudit à ce meurtre, hormis un corps de troupes enfermées dans la citadelle. Catherine obtint du peuple la permission d'aller parler aux troupes. Elle ne leur parla que pour les affermir dans la révolte. Le peuple, irrité, vint au pied des remparts pour l'outrager de paroles et pour menacer de mort ses enfants. «Frappez-les! s'écrie cette femme énergique en montrant son sein à la multitude; il me reste des sens capables d'en avoir d'autres.» On vint à son secours, et sa générosité courageuse sauva sa patrie et ses jeunes fils.