‹ Cours familier de Littérature - Volume 25Chapitre 61 sur 102 · XI

XI

Il y avait alors à Florence un jeune homme de la famille des Médicis nommé Lorenzino, en souvenir de Laurent. La petitesse de sa taille et la gentillesse apparente de son humeur lui avaient valu ce nom familier. Il avait longtemps habité Rome sous la protection du pape et sous le patronage de sa parenté avec les grandes familles de Florence. Quand Alexandre avait pris le titre de doge et affecté le despotisme, Lorenzino était venu à sa cour et avait conquis, par mille flatteries et par de honteux services, la confiance d'Alexandre. Il s'était fait le ministre de ses plaisirs secrets, le complaisant de ses débauches. Mais, soit conception, fort voilée sous une apparente complicité imitée de la folie de Brutus, soit tentation soudaine d'un crime mémorable, née en lui de la facilité et de l'occasion, il avait résolu d'être le meurtrier de son ami et le libérateur de sa patrie. Il faisait cependant des allusions obscures à la pensée qui le dominait en présence d'Alexandre lui-même. Benvenuto Cellini raconte qu'étant entré un jour au palais en montrant son portrait gravé au duc, il le trouva indisposé et couché sur le même lit que son cousin, et qu'ayant demandé à Lorenzino s'il ne consentirait pas à lui donner le sujet d'un revers de sa médaille, celui-ci lui avait répondu avec enjouement «qu'il fût tranquille et qu'en ce moment même il pensait à lui en fournir un digne de la gloire d'Alexandre, et qui étonnerait le monde.» Alexandre se tourna avec un sourire de pitié dédaigneuse sur son lit et se rendormit. La plaisanterie devint bientôt tragique.